samedi 26 septembre 2015

LES H L M,

M. Hollande devrait écouter davantage Renaud. Il en tirerait un bénéfice certain : celui de connaître les gens qui vivent dans les HLM. Sans préjugés, en ouvrant simplement les yeux sur les facilités accordées à certains et sur les interminables listes d'attente pour les autres. Et puis, concernant les logement sociaux de Paris, nulle terrasse avec appartement ne devrait être louée à ceux qui ont de gros moyens financiers, un poste public et des relations souterraines. De plus on ne peut loger les réfugiés de la terre entière et faire le lit du racisme en privant le citoyen français d'une habitation à loyer modéré.

"Au rez d'chaussée, dans mon HLM,
y'a une espèce de barbouze
qui surveille les entrées,
qui tire sur tout c'qui bouge,
surtout si c'est bronzé,
passe ses nuits dans les caves
avec son Beretta,
traque les mômes qui chouravent
le pinard aux bourgeois.
Y s'recrée l'Indochine
dans sa p'tite vie d'peigne cul.
Sa femme sort pas d'la cuisine,
sinon y cogne dessus.
Il est tell'ment givré
que même dans la Légion
z'ont fini par le j'ter,
c'est vous dire s'il est con !"

Et si Ségolène Royal rêve d'un Paris sans voiture, Anne Hidalgo en revendique l'idée ! Que dire de l'absence de parkings géants aux portes de la capitale ? Un pari qui peut réussir en créant des zones de stationnement gratuit autour des arrondissements. Qui sait ? Peut-être qu'un jour, le climat se portera mieux grâce aux efforts de tout un chacun. Aura-t-on  le temps d'inverser la progression de la pollution et de réduire la démographie ?

"
Pi y'a aussi, dans mon HLM,
un nouveau romantique,
un ancien combattant,
un loubard, et un flic
qui s'balade en survêtement,
y fait chaque jour son jogging
avec son berger all'mand,
de la cave au parking,
c'est vach'ment enrichissant.
Quand j'en ai marre d'ces braves gens
j'fais un saut au huitième
pour construire un moment
avec ma copine Germaine,
un monde rempli d'enfants.
Et quand le jour se lève
on s'quitte en y croyant,
c'est vous dire si on rêve !

Putain, c'qu'il est blême, mon HLM !
Et la môme du huitième, le hasch, elle aime !





lundi 21 septembre 2015

MON RECUEIL A NAÎTRE

Mon futur, mon rêve, mon avenir, c'est mon recueil à naître dans les douleurs de la conception et de l'enfantement. La sage-femme ne prévoit pas de complications. Il se présente bien. Les contractions sont fidèles au rendez-vous et se font régulières. Très attendu et en douceur, il bravera les vents contraires, traversera les océans, escaladera les sommets vertigineux, trouvera son chemin parmi les écueils et les parcours tracés en labyrinthe. Un balbutiement, un frémissement, une onde de fierté annoncent sans coup férir une heureuse naissance.

jeudi 27 août 2015

Critique de Bernard Dupuis pour Rêves d'ailleurs



« Un peu de poésie à l’heure de l’écrasante puissance de la bêtise ». C’est avec cette phrase de Fabrice Luchini dans la tête que j’ai entamé la lecture de « Rêves d’ailleurs » avec le sentiment merveilleux d’ouvrir un tiroir à secrets. Envie de m’octroyer un plaisir simple, de profiter du présent, d’écouter le silence des mots, de rêver tout simplement. Envie surtout d’un instant de bonheur, d’un instant d’éternité. Les règles de la prosodie étant trop compliquées pour moi, je ne m’y suis guère attardé, préférant de loin me laisser bercer par la musicalité et le rythme des mots, me laisser envahir par l’émotion. Sans émotion, sans notion de partage, la poésie n’existe pas, elle reste hermétique, ennuyeuse et inaccessible pour beaucoup. La poésie d’Anne Stien me touche l’âme et le cœur parce qu’elle me fait vibrer, qu’elle me rappelle que je suis ouvert à la beauté, à la chaleur, que je suis vulnérable dans ma solitude et qu’elle réveille en moi des milliers de souvenirs. C’est un véritable cadeau.

« J’aime tant la lumière des petits matins bleus », écrit Anne Stien. C’est dense, c’est fort, c’est magique, ça donne des frissons. On ne peut qu’aimer ces petits matins bleus. Avec un peu d’imagination, on pourrait même entendre le tintement joyeux de cloches lointaines. J’ai particulièrement aimé : « Lettre à un inconnu » et... j’ai voyagé… tout en restant dans mon fauteuil.

Merci Anne.




samedi 22 août 2015

REMINISCENCE




C'est la fête au village. J'ouvre ma fenêtre. Le son arrive jusqu'à moi. Dans la cour de l'ancienne école, tandis que je ramasse le linge gorgé de soleil, un écho indistinct me parvient..Je m'immobilise pour mieux entendre. Les fenêtres murées s'éclairent laissant entrevoir des ombres qui vont et viennent. Les cordes à linge d'aujourd'hui se détachent de leur ancrage  et font sauter les petites filles en tablier noir bordé de rouge; Elles chantent une comptine. Les tresses de leurs cheveux dansent dans leur dos. Les billes multiolores roulent aux pieds des garçons. Quand la cloche sonne, les enfants se mettent en rang en silence. Il y a des classes communes. Certaines matières sont enseignées pour tous. D'autres font l'objet d'un cours à part.
Je me souviens des récitations dites ensemble avec toujours la même intonation. du cours de solfège et de l'énoncé des problèmes de baignoires et de trains. J'oublie le redoutable système métrique pesant lourd dans la balance. 
Tout cela et bien plus encore m'est revenu en mémoire alors que s'envolent l'un après l'autre des ballons de toutes les couleurs.
C'"est la fête au village. Je ferme ma fenêtre. Tout est calme. Dans la cour de l'ancienne école, le concert de voix enfantines n'est plus qu'un murmure.


mardi 18 août 2015

Extrait du "Moineau", recueil de nouvelles aux Editions Langlois Cécile et sur AMAZON




"Eux, les adultes, les gens raisonnables, enfin les autres, ceux qui font semblant de ne pas remarquer mes contusions diverses, un œil maquillé en bleu, une lèvre boursouflée, ceux-là, les vernis, les prétentieux et les parvenus, je les méprise totalement. Leur façon de m’ignorer me prouve que je sors du lot, je suis à part, comme une plante qui a germé sans eau, sans soin particulier et qui s’octroie la première place dans le bosquet fleuri.
Je dis cela mais je sais qu’on ne peut pas se comprendre. Faut pas m’en vouloir, je suis comme ça. Sombre et lumineuse, gaie et triste, silencieuse et bavarde. Lorsque je passe d’un état à l’autre, je branche ma musique et je danse. L’autre jour, je suis tombée sur un poème de Lamartine. Le lac… J’ai eu envie de plonger dans cette eau tentatrice. J’ai lu à voix haute les vers sublimes. Ça faisait une mélodie d’enfer ! La beauté de l’écriture m’élève jusqu’aux nuages. Je suis l’oiseau sacré qui vole si haut que l’œil humain le perd de vue. Il resplendit, solitaire, magnifique. Je crie les mots et l’écho me renvoie la rime finale.
Les bulles dansent autour de moi. Je suis au septième ciel. Je ressens l’appel de la vie, l’espérance de jours meilleurs, la certitude d’échapper à un destin marqué par la violence, Mais sait-on jamais ? Les apparences sont fausses. On veut tous montrer notre meilleur profil. Même les psychopathes sourient…
Je pousse la porte de la maison. Un silence pesant m’accueille. Ma mère git sur le sol. Je prends une carafe pleine d’eau et l’asperge abondamment. La trouille au ventre, j’ouvre la porte du placard. Il est là. Immobile proie offerte au sacrifice. Le rituel s’accomplit inexorablement. Début ou final, la chorégraphie s’exécute en une danse macabre et sordide. Les coups de  poing et de pied s’abattent sur le petit corps atrophié d’un être de douleur, sans amour, sans contact, sans lumière, sans espoir. Il s’appelle… On ne l’appelle pas. Pour moi il est « le moineau », privé de ses ailes pour voler en liberté. Je ne suis pas sûre que sa naissance ait été déclarée. Dès qu’il est venu au monde, il a été dissimulé ici et là. En ce moment, le placard fait office de cachot secret. J’ai l’impression qu’on le tabasse pour qu’il meure et débarrasse le plancher.
Je lui chuchote qu’il doit se battre, s’affranchir, se soumettre à la loi des hommes. Il refuse tout en bloc. Il ne grandit plus, il n’apprend ni les mots ni les sons. Victime de la bestialité paternelle, il ne désire que la mort. Son traumatisme est cérébral et physique. Je l’aime tant ce petit frère martyr. Sa constitution est faible, il ne vivra pas longtemps. Les services sociaux ne feraient que le faire souffrir davantage en voulant le garder en vie à tout prix. Mieux vaut pour lui un trépas, une délivrance, une ascension vers le paradis des anges. Les yeux fermés, il subit son lot quotidien de violences, sa tête cogne les murs qui l’entourent, il perd connaissance, ultime refuge contre la douleur, plongeon dans l’irréalité douce de l’inconscience.
Dans mes bras, exerçant un léger bercement, je l’étends sur sa couverture râpée, je lui murmure des mots d’amour, tendres et fraternels. Mes incursions sont rares cependant. Je n’ai accès au placard que lorsque les pochtrons sont givrés. Et la nuit, je dors, dans mon réduit sans fenêtre dont la porte est cadenassée. Personne n’entre chez moi. Surtout pas eux."

et la présentation vidéo  :  





vendredi 14 août 2015

UN SAC de Solène Bakowski

D'abord il y a le style, percutant, imagé, sans complaisance. Les personnages vivent leur errance dans un univers clos. Il faut toucher du doigt l'horreur pour que la porte s'ouvre sur la rue, ses pavés, ses abris, ses rencontres.
Les pages se tournent avec impatience tant l'auteur réussit l'exploit de nous tenir en haleine jusqu'à la fin.
Ames sentibles s'abstenir. Il y a quelques scènes surréalistes.
Des sentiments mêlés de stupeur et de compassion nous envahissent. Le temps n'existe plus. Encore un chapitre, puis un autre, il est tard mais pas question de s'endormir.
Solène Bakowski signe un petit chef-d'oeuvre.
 

 

jeudi 6 août 2015

UN CARROUSEL SUR LA MER Bernard DUPUIS



UN CARROUSEL SUR LA MER, DU SANG ET DES COQUELICOTS
De Bernard Dupuis
Aux Editions Langlois Cécile

L’originalité du thème, la qualité de l’écriture, la densité des émotions ressenties, le fait que le personnage principal soit privé de la vue, tout cela nous interpelle.
Le mystère entoure la dame inconnue, à la fois confidente et amoureuse, fantasme d’un homme sans regard extérieur mais combien subtil et profond tant il est vrai que l’imagination des sens est infinie.
On ne peut s’empêcher d’évoquer le film « Parfum de femme » où Vittorio Gassman nous éblouit par son excellente interprétation.
Au final, le roman de Bernard Dupuis frappe en plein cœur. Il incite à l’introspection et balaie d’une rafale de mots tout ce que l’être humain tente d’édifier.  Il nous est alors évident que les forteresses, les palais, les gratte-ciel, les bastides ne sont que de hauts murs stériles.
Nous sommes bien en littérature. Aucun doute n’est permis.
Et puis il y a Mozart.

Anne STIEN
1er Août 2015